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Les armes

 

Les Sabres de Cuirassiers.

Avant d’aborder le sujet de ce chapitre, laissons parler les anciens aux travers ces quelques lignes :

« Le sabre, cette arme superbe et élégante, n’est pas en reste, qui taille vigoureusement dans les chairs. En Russie, le sergent Bourgogne voit deux cosaques que des français ont vigoureusement traités : le premier a reçu un coup qui lui prend tout le devant du visage, du haut de la tête jusqu’au menton où il se perd dans la broussaille de la barbe. Effrayant, apprécie Bourgogne, qui en a vu d’autres : quant au second cosaque, sa joue, taillée proprement, pend jusque sur son épaule. […]

Pour juger de l’efficacité guerrière du sabre, nous consulterons également Marbot qui raconte le combat singulier qu’il mena, le 14 mars 1811 à Miranda de Corvo au Portugal. Ce jour-là, Marbot qui sert dans l’état-major de Masséna depuis la mort du Maréchal Lannes  est provoqué par un jeune officier anglais. Prenant la mouche, Marbot est d’abord blessé au visage par son adversaire qu’il met hors de combat par un imparable coup de pointe à la gorge. L’Anglais roule dans la poussière qu’il mord avec rage. Surgissent alors deux hussards anglais, dont un vétéran à moustache grise qui larde Marbot dans le flanc droit. Laissons l’intéressé nous conter la fin de l’histoire […] : je ripostai d’un vigoureux coup de revers, et le tranchant de ma lame frappant sur les dents de cet homme, et passant entre les mâchoires au moment où il criait pour s’animer, lui fendit la bouche et les joues jusqu’aux oreilles. »

Ces relations ne souffrent aucun commentaire….  

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1.      Sabre An IX

Le plus grand désordre régnait en matière d’armes blanches sous la Révolution. Napoléon Bonaparte, alors Consul, décida non seulement de réorganiser  la fabrication, mais aussi de fixer un modèle de sabre pour sa cavalerie. Le Sabre An IX semble directement s’inspirer du Sabre qui équipait les Gardes du Corps et les Grenadiers à Cheval de la Maison du Roi en 1786. Ceci se vérifierait à travers le modèle que le fabricant Liorard ( artisan parisien et important producteur d’armes blanches sous la Révolution. ) de Paris propose à la Commission des armes de l’An VIII (commission organisée à l’initiative du Général Gassendi, alors Chef de la Division d’Artillerie au Ministère de la Guerre) et qui sera accepté par les Commissions de l’An IX.

Les caractéristiques principales de ce sabre sont une lame plate, une poignée couverte de cuir et surtout un fourreau en tôle de fer.

15 199 unités sortiront des manufactures.

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Voyons à présent cette arme blanche en détail :

a.      La Lame .

La lame est plate, à dos plat de 36 pouces (97,45cm), pointe dans le prolongement du dos.

b.      La Monture .

Celle-ci comprend la poignée en bois recouverte de basane avec filigrane en fil de laiton torsadé. En arrivant près du plateau de garde, les spires se touchent et constituent une sorte de virole. Cette poignée, assez ronde, est surmontée d’une calotte en laiton de forme ovale, coupée en accolade sur la poignée. La pièce de rivure en demi-olive couronne le tout. La calotte est légèrement plus haute côté dos que côté tranchant. Le plateau de garde, de forme ovale, ne comporte pas de quillon, la partie arrière dudit plateau légèrement recourbé en tenant lieu. A l’autre extrémité se détache la branche principale qui rejoint la calotte à jupe, où elle s’insère par un crochet. Trois branches latérales sont brasées en haut de la branche principale, mais elles sont fixées à une quinzaine de millimètres de la calotte, ce qui est une particularité du sabre An IX. Ces branchent se terminent par des boutons. Le faisceau de branches est à une distance de 14 à 21mm de la calotte.  

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c. Le fourreau .

 
Le fourreau en tôle de fer recouvre complètement un fut en bois. Le dos est aplati et présente près de la bouche, la vis de cuvette. Les bracelets offrent la particularité d’être plats et bordés de deux traits gravés. Les pitons des anneaux de bélière sont à facettes. Le dard est à deux branches dissymétriques.   

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d.      Marquages .

En l’An IX, le dos de la lame porte : « Manufacture Nationale du Klingenthal Coulaux Frères Entrepreneurs ». Les poinçons sont ceux de Levavasseur, Inspecteur de la Manufacture de 1797 à 1803, et Mouton, Premier Contrôleur depuis 1797.

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2.      Sabre An XI .

En l’An XI, le Sabre du modèle précédent est remis en question pour deux raisons importantes : la lame plate est trop lourde et le fourreau en tôle de fer accuse une fragilité majeure aux chocs qui le déformaient, bloquant généralement le sabre à l’intérieur.

Suite a de nombreuses plaintes des chefs de corps , le Général Gassendi, fit alors étudier un nouveau modèle qui serait établi par le Major Marion sur les instances du Général Préval chargé de l’inspection des régiments de cavalerie

C’est ainsi que naquit le Sabre An XI dont la lame retrouvait les pans creux en usage avant l’An IX et depuis 1779 dans le Cavalerie de Ligne et les Dragons. Le fourreau quant à lui, sera renforcé d’un fût de bois au lieu de simples alaises et le métal épaissi. Remarquons que l’alourdissement du fourreau sera à peine compensé par l’allègement de la lame, ce qui vaudra de nombreuses plaintes des Chefs de Corps. Il sera tenté d’y remédié en raccourcissant la lame de 97 cm à 92 cm et en remplaçant le fourreau de tôle par un modèle en cuir à l’instar de celui qui équipe les sabres de Dragons. Cependant, cette variante restera sans effets. 


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Le Sabre An IX restera en service jusqu’en 1855, côtoyant les modèles 1816, 1822, mais les lames seront ramenées sur leur axe central (en langue de carpe). Ce sabre sera fabriqué sans interruption de 1808 à 1817 à raison de 54 640 exemplaires.

Quelles sont les principales caractéristiques de ce sabre ?    

a.      La Lame .

La lame à double pans creux sur chaque face est substituée au profil plat. Cela détermine une arête médiane qui donne plus de « raide ». Le dos est plat et la pointe dans son prolongement. La longueur reste identique à celle de modèle An IX. La largeur du talon est de 3,83cm.

b.      La Monture .

Elle demeure analogue à la précédente. Les branches secondaires joignent la calotte sans toutefois s’y insérer, ce que seule la branche principale. Une virole de cuivre remplace, au bas de la fusée, les spires du filigrane. Le faisceau des branches est à 6mm de la calotte.

c.       Le Fourreau .

La tôle forte, de 13 points (0,24cm) remplace la tôle normale. La batte (partie de la cuvette à l’intérieur du fourreau, qui recouvre le fût en bois et fait ressort sur la lame pour l’empêcher de sortir), la batte donc est plus longue et passe à 4,96cm. Des bracelets et joncs remplacent les anciens qui étaient plats et les pitons sont ronds. Le dard est à branches égales et en forme de lyre.

3.      Sabre An XIII .

On ne peut pas parler d’un Sabre An XIII en tant que tel. En effet, quelques adaptations sont apportées au Sabre An XI sans jamais faire état d’un modèle An XIII. Il s’agit en fait d’adaptations mineures : lame plus forte, fourreau plus lourd, monture allégée mais de quelques millimètres ou grammes. A partir de cette modèle, les branches se rejoignent toutes contre la calotte. A cette époque, le mot « Nationale » est supprimé de l’inscription puis, sous l’Empire devient « Manufacture Impériale du Klingenthal » et la date de production. Les poinçons de la lame de 1803 à 1807 sont de l’Inspecteur Beaumont et de Mouton, lequel est toujours premier Contrôleur.

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Tableau comparatif des différents modèles de sabre

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Image Active    De gauche à droite : -Sabre des Gardes de la Maison du Roi, duquel est inspiré le Sabre de l’An IX. -Sabre proposé par Liorard en l’An VIII. -Sabre de l’An IX. -Sabre de l’An XI.

Manufactures et marquages

Les marquages, déjà abordés ci-dessus, suivent les règles de manufactures mises en place aussi bien à la Manufacture du Klingenthal que celle de Versaille où la moitié des sabres sont montés. Un contrôle sévère est appliqué à toutes les armes destinées aux troupes.

En ce qui concerne les lames, elles sont contrôlées une première fois alors qu’elles sont encore qualifiées « d’arme noire » (lame brute de forge). Ce contrôle est officialisé par un poinçon sur la soie. Un second contrôle a lieu après la trempe et l’aiguisage. Finalement, la dernière étape consiste à fouetter violemment la lame sur un billot en bois. Si aucun défaut n’est n’apparaît, l’arme sera reçue et marquée sur le talon du poinçon de l’Inspecteur de la Manufacture et, à côté, de celui du Contrôleur.

La monture et le fourreau sont aussi marqués à plusieurs endroits.

Ensuite, le graveur qui écrit au dos, en cursives les marquages propres aux différentes manufactures et époques.

Notons pour terminer ce paragraphe que le personnel ouvrier est condamné à la qualité, car lorsqu’une pièce n’est pas reçue, cette dernière ne lui sera pas payée et il devra en plus payer la matière…

 

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Conclusions

Le Sabre de l’An IX sera un modèle de fabrication et de longévité. Il est cependant rare d’en observer dans leur état initial. En effet, au fur et à mesure des remplacements et réparations, la pureté originale s’altéra.

Cela s’explique notamment par le fait que les armuriers avaient les compétences requises pour effectuer un vaste éventail de réparations ( soudure des parties de la pièce de la garde, changement de virole, de calotte, de filigrane, de poignée, réfection de biseau des lames épointées, fourreau regarnis de cuvettes, de bracelets, de dards, repolissage et noirci au feu). Il fut même autorisé de monter des lames de Solingen, pour autant qu’elles aient été éprouvées par les inspecteurs de l’Artillerie.

Quoiqu’il en soit, cette arme ayant participé à toutes les campagnes de l’Empire, cette lame ayant sabré les rangs ennemis, lors de charges épiques, reste et restera un des symboles majeurs qui frappe l’imaginaire lorsque l’on évoque la Cavalerie Lourde Impériale.

Glossaire .

a. Pans creux : partie évidée à la meule des flancs des lames plates.

b. Dos : partie opposée au tranchant ; commence au talon et se termine à la pointe.

c. Garde : pièce de la monture destinée à protéger la main tenant la fusée ; la garde est composée de nombreuses parties, dont les branches qui la relient à la calotte.

d. Monture : partie servant à saisir l’arme, fixée à la soie et constituée de la calotte, la fusée, la garde, les coquilles.

e. Bracelets : bandes de métal qui entourent le fourreau et le renforcent et qui reçoivent les pitons des anneaux de bélière.

f. Cuvette : feuille de métal soudée sur les deux faces internes de la chape ; facilite et guide la lame dans le fourreau.

g. Calotte : partie supérieure de la monture ; elle recouvre la fusée et reçoit le bouton de rivure de la soie. La calotte reçoit aussi dans sa partie antérieure, le crochet de la branche principale de garde.

h. Talon : partie la plus large de la lame qui touche à la monture et lui sert de point d’appui.

i. Dard : partie métallique, plus ou moins en forme de lyre protégeant l’extrémité de la bouterolle.

j. Bouterolle : garniture métallique protégeant la partie inférieure du fourreau.

k. Quillon : partie de la garde qui est le prolongement vers l’arrière de la branche principale de la garde, après le trou laissé pour le passage de la soie.

l. Poignée : synonyme de monture.

m. Fusée : pièce en bois ou en métal traversée de part en part par la soie ; la fusée est la partie que la main saisit.

n. Soie : extrémité de la lame fortement rétrécie, commençant au talon, traversant toute les pièces de la monture et rivée à son extrémité supérieure sur le bouton de rivure ; sert à assujettir fortement la lame à la monture et les pièces de monture entre elles.

o. Chape : feuille de métal recouvrant le dessus du fourreau ; complétée de la cuvette, elle aide à l’introduction du sabre dans son fourreau.

Bout'feu.

Bibliographie

- « Sabres de Cavalerie de Ligne, An IX-AnXIII-1816, Ariès Christian, 2ème Fascicule, 1966.

- « Les Cuirassiers, 1801-1815 », Tradition Magazine, Paris, 1991.

- « Les Uniformes du Premier Empire, Les Cuirassiers, Cdt Bucquoy, Ed. J. Grancher, Paris, 1978.

- « L’Armée de Napoléon, Organisation et Vie Quotidienne », Pigeart Alain, Ed. Talladier, 2002.

- « Les Soldats de la Grande Armée », J-C Damamme, Ed. Perrin, 2008, p245-246.

- « Aide-mémoire à l’Usage des Officiers d’Artillerie de France», Gassendi, Magimel, Paris, 1809.

( [i] ) « Les Soldats de la Grande Armée », J-C Damamme, Ed. Perrin, 2008, p245-246.